La Première Fois #2

 

J’avais préparé un petit article sur mon cahier et, bêtement, j’ai oublié mon cahier. C’est dommage parce qu’il traitait d’un excellent jeu. Tant pis, ce sera pour demain (ou après demain). Comme j’ai un peu la flemme d’en écrire un nouveau, je me dis qu’il s’agissait en fait d’un acte manqué destiné à vous faire part de mon avancée sur la Première Fois, vous savez, mon projet de point and click dont je vous ai déjà parlé.

 

Cela fait maintenant plus d’un mois que je travaille là dessus et, comme je l’avais prévu, ça n’avance plus très vite depuis que je suis en stage. Je n’ai guère que le week end à y consacrer. Ça avance quand même, et pour tout dire, le chapitre 1 est « presque » fini. Presque entre guillemets car s’il ne me reste qu’une room à ajouter pour clore cette première partie, il reste aussi une somme énorme de finitions. A priori, j’en ai encore pour un bon mois (et ce en prenant pour acquis que je trouverais des idées pour cette dernière room, car, je le rappelle, la Première Fois est totalement improvisé).

Ce premier chapitre comprendra donc :

-une dizaine de rooms (comprendre écran de jeu),

-une douzaine personnages
-3,4 énigmes plus ou moins corsées

-1 narration tout ce qu’il y a de plus linéaire

-Une quantité faramineuse de blabla. Je m’en rend compte maintenant : Qu’est ce que c’est bavard! Je me suis attaché à ce que chaque action, même la plus stupide ait une réponse qui lui ai propre, en somme : Pas de « ça ne marche pas » en boucle, peut-être était-ce un peu stupide, car cela signifie qu’un joueur lambda ne devrait voir à peu près qu’un dixième des dialogues du jeu en le finissant, mais bon, trop tard pour faire machine arrière.

 

Comme je l’avais annoncé, le jeu traite bien de la difficulté de la création. Une mise en abyme de mon incompétence à créer un jeu. Mais le sujet n’est malheureusement qu’abordé en superficie, puisque le projet total devrait comporter 5 ou 6 chapitres.

…Honnêtement, je doute que ces chapitres soient réellement réalisés, et arriver à la fin du premier serait déjà pour moi un bel exploit. Rectificatif : sera un bel exploit. Pas question que j’abandonne maintenant.

 

Certes, le jeu n’est pas encore terminé, mais je pense déjà avoir rempli le plus gros de mes objectifs, à savoir : Passer de l’autre côté, savoir ce que c’est que faire un jeu, être, pour une fois, du côté du game designer et non plus du joueur. Je crois avoir déjà tiré beaucoup de leçons de cette expérience, et je vais me faire un plaisir de les partager ici.

 

– Faire un jeu est un boulot à la con. C’est long, laborieux, fluctuant, on ne sait jamais si ce qui marchait hier marchera encore aujourd’hui et il suffit du moindre grain de sable pour tout faire foirer. C’est là qu’on se rend compte que tous les arts ne sont pas égaux. On a tendance à tous les mettre dans le même sac, à traiter les artistes de la même manière, mais c’est une idiotie. Je crois que les arts peuvent se classer en deux catégories : ceux qui nécessitent un boulot à la con, et les autres. Le jeu-vidéo est un boulot à la con. La bande dessinée est un boulot à la con (dessiner toujours les mêmes choses, dans les même cases), le cinéma est un boulot à la con (réclamant des dizaines de compétences pour arriver à la vision d’un seul réalisateur). D’autre part, la littérature et le dessins sont des arts dont le processus créatif me semble beaucoup plus fluide, beaucoup plus agréable, et beaucoup plus gratifiant à courte échelle. J’enfonce peut-être des portes ouvertes, mais excusez-moi, je découvre.

 

– Faire un jeu est un boulot à la con. Mais pour une toute autre raison. Récemment, j’ai essayé de jouer à une introduction au prochain jeu de Ben Chandler, développé sur AGS (le même logiciel avec lequel je fais la Première Fois). Ben Chandler, que j’adore, Ben Chandler, dont les jeux me ravissent à chaque fois…Eh bien, je n’ai pu y jouer que quelques minutes à peine avant de fermer la fenêtre horrifié : Derrière ses graphismes fabuleux, je ne voyais que les lignes de code! Mince, m’être essayé à l’écriture ne m’empêche pas d’apprécier la littérature, m’être essayé au cinéma ne m’empêche pas d’apprécier un film, m’être essayé à la bd etc…Pourquoi m’essayer au jeu vidéo m’empêcherait-il d’apprécier un jeu vidéo ? Je ne sais pas, mais c’est pas juste. Et s’il y avait une seule raison qui me pousserait à tout arrêter et à tout laisser en chantier, ce serait celle là. Je veux rester un joueur!

-Faire un jeu est un boulot formidable. Ouais, je me contredis, mais cette initiative m’a permis de réaliser que j’adorais programmer. Le reste, je suis nul, mais la programmation m’enchante. Donner des ordres à une machine, espérer qu’elle les exécute comme il faut…obéir à un système de règles avec des conditions de victoire et d’échecs…pas de doute : la programmation d’un jeu vidéo est un jeu vidéo en soi.

-Faire un jeu est un boulot formidable. Rien que parce que le média jeu vidéo peut inclure toutes les autres sortes de média : Texte, image, son, vidéo. Alors d’accord, là encore j’enfonce les portes ouvertes, mais c’est une chose de le dire et une autre de le ressentir. Si cela m’enthousiasme tant, c’est parce que cela inclut une forte part de collectif : en faisant un jeu vidéo, je peux inclure des musiques de mes potes, des dessins d’autres potes…bref agréger les compétences au sein d’une seule et même œuvre artistique. Et ça, c’est extra.

 

-Faire un jeu est un boulot de pro. Ouais, et je n’en suis pas un. Je sais un peu écrire, j’ai appris à trouver des graphismes qui me conviennent, je fais même des petits sont avec ma bouche, mais ça ne suffit pas. Ce qui est au coeur même du jeu vidéo : le gameplay, l’interaction, appelez ça comme vous voulez, est un art à part entière, qui nécessite de l’expérience, de la pratique. Je peux vous le dire d’avance : La Première Fois sera peut-être un jeu sympa, un jeu amusant, mais ce ne sera pas un bon jeu. On ne peut espérer faire un bon jeu la première fois.

 

 

C’est tout ce que j’ai en tête pour l’instant.

La conclusion, c’est qu’au final, faire un jeu vidéo me plait, mais que j’ai peut-être été trop ambitieux dès le départ. Quand j’aurais bouclé ce chapitre, je suis à peu près certain que je n’aurais pas envie d’enchainer sur un deuxième (à moins qu’à ma grande surprise on me le supplie). En revanche, je suis à peu près certain que j’aurais envie de recommancer, de créer d’autres choses, mais plus simples, des petits concepts sympa, pas improvisés, par exemple pour des EGP ou des Ludum Dare. Et je les ferais sans doute sur AGS, car ce logiciel est merveilleux.

 

C’est tout pour aujourd’hui, pardon de vous avoir ennuyé.

 

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3 Comments

  1. Mouarf, le type qui s’excuse de se faire supplier.
    Ben pour la peine je lance les hostilités avant même d’avoir vu la 3ème room : s’il-te-plaaaaaaaaaaaaît, fais-nous une suite !!!

    Bon sinon j’ai moi-même tendance à ranger les artistes dans le même sac et je réagis sur l’écriture qui serait un truc gratifiant à court terme (le dessin ne m’a malheureusement jamais gratifié…).
    Tu publies sur internet et te passes donc d’éditeur. Du coup tu écris « recommancer » alors qu’un travail de relecture fastidieux te l’aurait évité. Combien de roman ont été retardés parce que le travail de relecture était trop fastidieux pour l’auteur ? D’ailleurs il me semble avoir entendu ce genre de propos (entre autre) au sujet de ton mémoire…

    Heureusement qu’il y a suffisamment de types d’art pour que chacun puisse trouver celui qui lui casse le moins les couilles (on a le droit d’écrire « couilles » chez toi ?)

  2. T’as pas un rendez-vous dans un bar dans 7 minutes toi ?

  3. C’est drôle, j’ai l’impression de me revoir il y a 7 ans. Me rendre compte que le plus amusant… C’est pas les graphismes, mais la programmation. Pierrec nous vend du rêve, et j’ai confiance en lui.

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