Deterministica (Browser)
Terry Cavanagh, Stephen Lavelle, Daniel Rosenfeld

 

L’un des pires travers du critique est de vouloir donner un sens à ce qui n’en a pas, je le sais, pour l’avoir moi-même souvent reproché.

Pourtant je ne peux pas m’empêcher de tomber dans ce piège après avoir joué à Deterministica.

Deterministica est une hydre tricéphale : Sa première tête est Terry Cavanagh, auteur entre autres de l’excellent Pathways, La seconde est Stephen Lavelle, auteur si productif et si éxperimental que je n’ai même pas encore osé en parler ici (ça viendra), le dernier enfin est Daniel Rosenfeld, responsable de la bande son du prometteur Minecraft.

Visiblement, aucun ne manque de sens de l’humour.

 

Deterministica n’a sans doute pas d’autre prétention que celle de nous faire rire (voire de faire rire ses auteurs seulement), mais comme dirait Desproges « Elle est immense, mon cher , la prétention de faire rire ». Si ce jeu parvient à vous arracher un sourire, voire un éclat (et je n’en doute pas une seconde) il aura déjà hautement rempli ses fonctions.

 

Mais quand trois designers indés de qualité décident de nous faire rire, cela ne peut aller qu’accidentellement plus loin.

 

Hmm…Il serait peut-être temps d’essayer Deterministica avant que je vous gâche le plaisir…

Il y a cinq fins ( comme dans le Retour du Roi), je vous suggère de n’en ignorer aucune.

 

Ce jeu m’a d’abord fait pensé à une critique que formulait un ami en découvrant Les Boucliers de Quetzalcoatl : « Cette fausse fluidité de mouvement est vraiment dégueulasse, c’est pas du tout réaliste » (Ce ne devait pas être ses mots exacts, s’il passe ici et se reconnaît, je le prie de corriger).

Il faut dire que le cap des années 2000 était passé depuis longtemps, et que les jeux en Full Motion Video n’avaient plus vraiment la côte (comprendre les jeux dont le gameplay était composé de plusieurs vidéos s’emboitant les unes aux autres plutôt que de sprites ou de modélisation 3D).

 

Pour les incultes et les nostalgiques.

Je ne sais pas si c’est à ces jeux auxquels l’inactivité mouvementée des personnage fait référence, mais cette idée m’a plu. J’imagine que des joueurs ayant d’avantage expérimenté les jeux 3D peuvent y voir cette fâcheuse manie qu’avaient certains personnages principaux à exagérer leurs mouvements et à se balancer d’un pied sur l’autre dès qu’ils étaient inactifs (Cf le début de cette vidéo)

 

Toujours dans la nostalgie, le « insert disc 3 » m’a fait hurler de rire (littérairement et non littéralement), confirmant mon hypothèse d’hommage aux jeux d’aventures des late 90’s, cette courte période où la technologie graphique avait dépassé son support, le CDROM (réécrire ce mot suffit à me remplir de joie).

 

Mais en même temps, Deterministica parodie/réfère/rend hommage volontairement/involontairement (choisissez les termes qui vous semblent les plus justes) aux jeux d’énigmes, escape rooms, avec ce casse-tête à la noix auquel vous ne comprenez rien et résolvez malgrès tout en cinq clic. Aux systèmes d’achievements avec ses secret items trouvés en fin de partie. Et Enfin, preuve que Cavanagh dispose d’un grand second degré, aux storytellings avec les fins alternatives.

 

Mieux qu’une parodie, Deterministica est un concentré de culture jeu vidéo. Il ne réfère pas à des titres, mais à des genres. Le plus fort est que ce jeu a vraisemblablement était réalisé en improvisation totale, lors du Berlin Indie Game Jam, dans un dortoir ou un hôtel. Ces gens sont si doués et tellement imprégnés de jeu vidéo qu’ils parviennent à me faire pondre plus d’une page sur leurs délires potaches.

 

Si c’est ce qui arrive à chaque fois qu’on laisse des développeurs indies trois nuits dans une même chambre, on devrait faire ça plus souvent.