NAWNCO

NAWNCO (Browser)
Stephen Lavelle (Increpare)

 

S’il y a quelque chose que j’adore dans la linguistique, ce sont les préfixes et les suffixes. Je suis toujours impressionné de voir comme, par une lettre ou deux on peut complètement changer le sens d’un mot. En français, j’aime beaucoup le a- privatif, ou comment faire dire à un mot son contraire par le simple ajout de la première lettre de l’alphabet. En anglais, j’aime le suffixe -ness qui permet de tout teinter d’abstraction, mais il y en a un que j’affectionne par dessus tout, en français comme en anglais, c’est le méta-.

 

Le méta- en linguistique, c’est comme la mise au carré en mathématiques, ça multiplie le mot par lui-même, ça créé de l’auto-référence, c’est la possibilité de tout mettre en abyme. C’est pourquoi aujourd’hui j’ai envie de créer un nouveau mot : le méta-puzzle. Et par puzzle j’entends puzzle games , ces divers jeux de réflexion/d’énigme, et non pas seulement ces 200 pièces biscornues qu’il faut assembler ensemble pour former l’image de Donald harponnant une baleine (oui, celui-là m’a traumatisé).

 

Bon, après vérification, le mot existe déjà, il s’agit d’un puzzle constitué de différents puzzle comme lorsque dans un magazine de jeu, chaque jeu vous permet de trouver une lettre qui mises bout à bout forment un mot mystère. Mais il s’agit à mon sens d’une utilisation abusive du sacro-saint méta-, comme il y en a beaucoup. Ce méta-puzzle là n’est rien d’autre qu’un puzzle complexe, et non pas un puzzle sur un puzzle. Le vrai méta-puzzle selon moi, c’est un puzzle dont les règles même constituent un puzzle, et c’est justement le cas de NAWNCO.

 

 

Il faut avouer que chez Increpare, lâcher le joueur au beau milieu de mécaniques inconnues sans lui donner la moindre explication est presque une habitude. Parfois, cela n’a pas beaucoup d’importance, comme dans Kettle, car le gameplay est très rapidement assimilé, parfois encore, c’est tout l’intérêt du jeu, comme dans Cities of Night and Day, où la compréhension des instructions constitue la victoire. Parfois enfin, c’est un méta-puzzle.

Le méta-puzzle se définit par une double condition de victoire : Il s’agit d’abord de comprendre les instructions, victoire n°1, puis de les appliquer pour finir le jeu, victoire n°2. En résulte évidemment un double challenge, et une double satisfaction une fois le méta-puzzle résolu.

Mais à fortiori, le méta-puzzle se définit aussi par son originalité. En effet, si le gameplay n’est pas original, comment sa compréhension peut-elle bien être une énigme?

 

Le méta-puzzle en soi n’est pas un concept nouveau. En temps de guerre, intercepter un message codé ennemi et le traduire tient finalement du méta-puzzle : Il s’agit d’abord de comprendre le code, puis de l’appliquer pour traduire le message. C’est à peu de choses près le fonctionnement de NAWNCO, sauf qu’au final, il n’y a pas de message.

 

La force de NAWNCO, c’est qu’une fois les règles comprises, le puzzle restant reste amusant à jouer et à rejouer. Un petit exercice cérébral à la hauteur du bejewled ou du sudoku. Et quand bien même vous en serez lassé, il reste une dernière énigme à élucider : Pourquoi NAWNCO?

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5 Comments

  1. Yes, j’y suis arrivé.

    C’est assez amusant de se regarder jouer et de voir à quel point notre cerveau est capable de comprendre des associations et d’en tirer des règles.

  2. Dans le genre, il y a aussi Primrose, de Jason Rohrer qui est très bon.
    http://primrose.sourceforge.net/

    Là aussi, ton cerveau va te surprendre

  3. Yeah, j’ai compris le fonctionnement !

    Maintenant, le but.

  4. ça devient presque trop facile une fois qu’on a le truc.

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