OUJEDICO: Le Métapuzzle

towlr« T’as résolu le métapuzzle que je t’ai envoyé ?

-Ah ? C’était un métapuzzle ? Je croyais que c’était une vidéo Youtube.

-Oui désolé, il était un peu stegano sur les bords celui-là. »

 

En langue anglaise, metapuzzle désigne une énigme dont la résolution dépend de celles de plusieurs autres énigmes qui lui sont subordonnées. C’est le principe même des charades, des énigmes à tiroirs, d’un bon nombre de chasses au trésor ou encore des jeux vidéo de Cliff Johnson, de The Fool’s Errands à The Fool and his money.

 

Ce n’est pas de ce metapuzzle dont nous allons parler ici.

 

Le préfixe méta est si riche de sens, de potentiel, qu’il est presque dommage de l’employer dans son sens le plus pauvre, celui d’« après » (le tout de la charade étant l’énigme d’après mon premier, mon deuxième, etc., dans l’énoncé comme dans la résolution), quand on pourrait lui préférer le méta autoréférentiel des scientifiques, sorte de mise au carré linguistique.

 

Le métapuzzle ne serait alors pas une énigme constituée d’autres énigmes, mais une énigme qui serait elle-même une énigme, une réflexion sur le jeu de réflexion. L’enjeu principal pour le joueur ne serait donc plus d’assimiler les règles et mécanismes du jeu pour en arriver au bout, mais plutôt de trouver ces règles et de comprendre ces mécanismes.

 

Hors du jeu vidéo, le meilleur exemple de métapuzzle serait ces énigmes de groupe demandant aux joueurs non initiés d’en piger le « truc » (« j’ai un chapeau…», « ça touche ça touche pas », « dessine-moi la lune… »). En jeu vidéo, le métapuzzle est plus sympa, parce qu’il n’y a personne pour se moquer si on ne trouve pas. En contrepartie on pourra plus difficilement soudoyer notre meilleur pote avec une bière pour qu’il lâche le morceau.

 

Dans la scène indé, le premier et meilleur exemple de métapuzzle est sans doute le Towlr de Mike Kasprzak, puzzle simplissime sur lequel beaucoup (moi compris) se sont pourtant cassés les dents avant de se frapper le front en découvrant la solution. Ce premier métapuzzle a tant marqué les esprits que d’autres Towlrs ont vu le jour, de la main de divers autres développeurs, donnant au métapuzzle vidéoludique son premier sous-genre.

 

Connu pour livrer ses jeux de réflexion bruts de décoffrage sur son site, Stephen Lavelle (Cities of Day and Night, NAWNCO…) pourrait également être considéré comme un des papes du genre, car après tout, pour signer un métapuzzle, il suffit bien souvent de créer un puzzle au gameplay original et de ne pas en donner les instructions. E.T ou Raiders of the Lost Ark Crusade sur Atari 2600 sont ainsi de la même manière d’excellents exemples de métapuzzle, pour peu qu’on en ait égaré les livrets.

 

Volontairement cryptique, le métapuzzle peut parfois aller jusqu’à cacher le fait qu’il contient la moindre énigme. Les initiés parleront alors de steganopuzzle. Il est difficile de trouver des exemples de ces derniers puisque, tels des secrets, les révéler revient à les faire disparaître.

 

Métapuzzles notables :

Towlr

jeux_S-Z_towlr 4x

NAWNCO

jeux_M-R_nawnco

Cities of Day and Night

jeux_A-F_cities of night and day

Slave of god

jeux_2013_slave of god

Dwindling Worlds

jeux_LD23_dwindling

MirrorMoon

jeux_M-R_mirror moon

The divine is hidden behind the noise of the world

jeux_S-Z_the divine

Pause Screen from Battletoads

Pause screen from battletoads

Cassandra

jeux_2013_cassandra2

Ceci est le sixième article de l’OUJEDICO, rubrique s’intéressant à des sous-sous-genres de jeux vidéo, reconnus ou inventés. Son existence a été rendue possible grâce aux dons des lecteurs sur mon Tipeee. S’il vous a plu et que vous désirez en lire d’autres (ou que vous souhaitez simplement soutenir mon travail) vous pouvez donner 1€/mois à l’Oujevipo.

2 commentaires sur “OUJEDICO: Le Métapuzzle

  1. Pierrec dit :

    It’s not really about having a metagame but about being one. By this I mean that figuring out the rules is a game in itself. Slave of God might not be the best example, but while playing this game, I totally felt finding the right steps in order to finish the game was kind of a game in itself. There are innovative mechanics to discover and understand all by yourself, like the final dance scene if I remember correctly. I probably spent more than 10 minutes on this part, it becomes easy only after you « get » it. So…to me, the game is about « getting it ».

    As I said in the article : according to my own definition, every game with innovative puzzle elements and no instructions on them could be considered as a metapuzzle. 🙂

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