Air Mail

Air Mail (Windows)
Rubna

 

La première minute, je l’ai passée à jouer un rythme avec mes pieds : Plop. Pliplop. Pliploploplipliplop.

 

La minute suivante, je l’ai passée à me ridiculiser devant mon patron et la voisine parce que la lettre pour Joanne ne cessait de m’échapper des mains.

 

À la troisième minute, après avoir accroché la lettre à mon avion et rempli son réservoir, je suis fin prêt à commencer ma tournée.

 

Durant la quatrième minute, je fais l’aller-retour jusqu’à chez la voisine pour voir si des fois ce serait pas elle Joanne et parce que je trouve un peu too much de sortir l’avion du hangar pour si peu. Mais en fait c’est pas elle.

 

Ok, cette fois c’est la bonne : à la cinquième minute, j’allume mon moteur VRAOUM et roule vers l’inconnu. Oui, roule, parce que mon avion à moi il a des roulettes, c’est quand même moins dangereux que d’aller faire le mariole dans les airs.

 

À la sixième minute, j’essaye de freiner à côté d’une maison que je soupçonne appartenir à Joanne mais comme je m’y suis pris un peu tard et que j’ai pas très envie de marcher je dois refaire un tour et recommencer. Pas de bol, c’est pas Joanne, c’est Simon.

 

À la septième minute je monte dans mon avion. Puis redescend de mon avion. Puis remonte. Puis redescend. Juste parce que le son de klaxon est rigolo. Mais comme je me rends compte que je suis toujours devant chez Simon et que c’est quand même pas très sympa de klaxonner devant chez les gens je vais un peu plus loin et je recommence.

 

Allez, huitième minute, il est temps de repartir.

 

À la neuvième minute je tombe en panne au milieu de nulle part. Heureusement, même au milieu de nulle part il y a toujours des barils d’essence qui traînent. Je ne sais pas si j’ai le droit de les prendre mais je le fais quand même. Au pire je demanderai à mon patron de rembourser.

 

À la dixième minute je me dis que quand même, ça fait déjà 10 minutes, que je n’ai toujours pas livré mon premier courrier, et qu’il serait peut-être temps de me bouger un peu. Alors j’accélère.

 

À la onzième minute je..oh…OH…OUH PUTOCHE ! JE VOLE ! JE VOOOOOLE ! WOUHOUUUU ! Alors celle là je l’avais pas vu venir ! Est-ce que…Est-ce que je peux monter plus haut ? Oui ? OUI ! Coucouuuuuuuuuuu ! Regardez comme je suis haut ! Est-ce que je peux faire des loopings aussi ? Ouch. Non…pas les loopings. Mais c’est pas grave ! Je vole hahaha !

 

À la douzième minute je parviens à reprendre mes esprits : oui, bon, c’est un avion, ça vole. À quoi je m’attendais ? Le problème c’est que là, je suis si haut que ça va être difficile de m’arrêter si je passe au dessus de la maison de J…AH ! LÀ ! ELLE EST LÀ ! Je panique. J’entame un piqué et…
?
Je rebondis ?
HAHA ! Je rebondis ! Je peux faire des ricochets avec mon avion ! TROP. MIGNON.
Boing ! Boing ! Boing ! Boing !

 

Treizième minute : Boing ! Boing ! Boing ! Boing ! Boing ! Boing !

 

Bon, ça fait bientôt 15 minutes et avec mes conneries j’ai complètement perdu de vue la maison de Joanne….

 

À la quinzième minute OUF ! Je retrouve Joanne ; je lui apporte fièrement sa lettre mais découvre qu’en fait c’était pas Joanne mais Tom. Comme ça commence à m’énerver un peu tous ces gens qui ne son pas Joanne, je vole un nouveau baril d’essence dans le jardin de Tom. Tom, lui, il s’en fout.

 

À la seizième minute, je comprends que la couleur des timbres sur les enveloppes correspond à la couleur d’écharpe de leur destinataire. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah…

 

Vert…Bleu…Orange…tiens, encore vert…Elle est vraiment riquiqui cette planète. Quand je pense que je cherche Joanne depuis 17 minutes…

 

Dix-huitième minute : Boing ! Boing ! Boing ! Boing ! Boing ! Boing !

 

Là ! L’écharpe rouge ! C’est Joanne ! À la dix-neuvième minute je l’ai enfin trouvée ! Je fais demi-tour (parce que j’étais passé un peu vite) et entame la procédure d’atérissage. Raté ! Trop court ! Bon, pas grave, je vais marcher.

 

Je descend de l’avion, attrape la lettre fermement et qu’est-ce que je vois pas à l’horizon ? Le hangar ! À approximativement 200 mètres. J’ai mis 20 minutes pour parcourir 200 mètres ! Et en avion qui plus est ! Je suis le plus mauvais facteur du monde !
Rouge de honte, je tend la lettre à Joanne, la vraie. C’est fini : elle va sans doute se plaindre à mon patron, qui me virera sans hésiter et me confisquera mon avion. Adieu les ricochets ! Je serai cloué au sol, condamné à faire du rythme avec mes pieds jusqu’à la fin de mes jours. Cette pensée me console un peu, c’était quand même marrant. Comment ça faisait déjà ? Ah oui : Plop. Pliplop. Pliploploplipliplop.
Mais non. ! Toute sourire, Joanne me remercie, me dit qu’elle aime bien attendre le courrier et que de toutes façons elle n’avait rien d’autre à faire de sa journée.

 

Un peu penaud, je retourne à mon avion. Je suis le plus mauvais facteur du monde, c’est certain, mais les gens sont gentils, alors ça va.

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