Concessions Infimes

concessions infimesConcessions Infimes (Browser)
Samuel Pott, Renaud Bardet, Olivier Repussard, Eliette Scherer

 

Je vous avais déjà parlé du Newsgame Hackathon de Casus Ludi via SMS Leaks, voici un autre des jeux réalisé lors de ce week-end. Ici aussi nous incarnons le président français, mais plutôt que de la « crise » des réfugiés, Concessions Infimes traite des relations commerciales avec l’Arabie Saoudite.

 

Adoptant le gameplay incrémental de Cookie Clicker, Concessions Infimes nous propose de cliquer frénétiquement pour négocier de nouveaux contrats. Plus nos contrats avec l’Arabie Saoudite seront nombreux, plus il sera facile d’en négocier de nouveaux et de vendre à l’état pétrolifère des biens de plus en plus précieux : produits de luxe, transports publics, et pourquoi pas nos précieux Mirages ?

 

Le problème, c’est qu’on ne fait pas du commerce avec le plus grand pays du Moyen-Orient comme avec le Cash Express du coin de la rue. De gros contrats impliquent de grosses responsabilités, et il ne sera pas toujours facile de fermer les yeux sur ce qui se passe chez Salmane ben Abdelaziz Al Saoud. L’industrie française viendra heureusement à notre secours avec des somnifères (pour fermer l’œil la nuit), des coussins (pour s’asseoir sur les Droits de l’Homme) ou du savon (pour s’en laver les mains). Si cela ne suffit plus, on pourra toujours choisir d’interrompre toute relation commerciale, mais le monde n’est pas blanc et noir, et une bonne décision ne suffit pas à racheter des centaines de mauvaises.

 

En nous proposant de la lecture tandis que nos diplomates cliquent à notre place et en faisant des odieux popups un élément de gameplay à part entière, Concessions Infimes (infâmes?) nous sert une belle satire des relations commerciales internationales, et il est triste de se rendre compte que le cynisme du jeu n’est peut-être pas bien loin de celui de nos dirigeants.

5 commentaires sur “Concessions Infimes

  1. Charles de Goal dit :

    C’est plus les Mirage qu’on vend, c’est les Rafale ! Et on vend pas qu’un seul à la fois, si vous voyez ce que je veux dire…
    Sinon, je ne comprends pas à quoi correspond le « A » dans la typo du titre. Un chat noir énervé ?

    1. dit :

      Bonjour Charles,
      La France vend des Rafales, entre autres. L’Arabie Saoudite est le premier client de la France pour le marché de l’armement. C’est aussi le premier partenaire de la France dans les pays du Golfe, et le 2ème au Moyen Orient. Et oui, c’est l’Egypte qui achète finalement les Mistral, mais avec un financement de l’Arabie Saoudite.

      Enfin, je laisse découvrir le jeu, je ne vais pas tout refaire ici…

      Quant au « A », si tu y vois un chat, demande à Rorschach. Pour nous il n’est là que pour transformer quelques concessions infimes en concessions infâmes…

  2. Charles de Goal dit :

    Bon, pour concessions infirmes, je ne peux pas dire grand’chose (j’ai arrêté au bout d’une cinquantaine de clics, franchement le gameplay ne me va pas du tout), mais d’une manière plus générale, je trouve assez lassante ce que j’appellerais la tendance au prêchi-prêcha dans les jeux vidéo, qui pour faire passer ses indignations politiques, qui ses bons sentiments (références obligées à la condition homosexuelle, par exemple, qui semble devenue l’obsession politico-affective de toute une catégorie sociale)…

    Le lecteur perspicace aura remarqué que le cinéma engagé, la littérature engagée… ont rarement le moindre impact politique ; ce n’est pas une raison pour ne pas parler de politique, mais à condition de ne pas sacrifier son art aux bonnes causes. Proust n’était pas très élogieux envers ceux qu’il appelait les écrivains « philanthropes ». Il y a un marché (symbolique ou financier) de l’indignation (cf. Hessel, Arthus-Bertrand…) qui est largement déconnecté à la fois des réalités politiques *et* des entreprises artistiques, AMHA.

    Je ne sais pas si ce genre de débat a sa place sur l’Oujevipo, sinon j’irai en entretenir mes amis du café du commerce, hips 🙂

    1. dit :

      Petite remise en contexte : ce jeu est l’un des résultats de la game-jam intitulée « News Games Hackathon » #NGH15

      L’exercice était d’utiliser les codes du jeu pour passer soit de l’info, soit de l’édito.

      Maintenant, j’entends la critique. Le but étant que tu cliques le plus tôt possible sur « Oui » quand on te demande si tu veux interrompre les relations diplomatiques, et ainsi contre-balancer le message, il semble que nous n’ayons pas été assez agressifs.

      En aparté, tu viens de briser un mythe personnel. J’étais persuadé que la suite était « D’ailleurs il aime ça, il repasse ! » et venait d’Antonin Artaud, et non « Il doit aimer ça, il est revenu. » de Cocteau. La faute à Claude Villers et son « Marchand d’Histoires »…

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