Papers, Please

Papers, Please [Beta] (Windows, Mac)
Lucas Pope

 

 

 

Ils sont des centaines, des milliers. Ils viennent de l’Obristan, de Kolechia, d’Antegria…

Vêtus de lourds manteaux ils attendent en file des heures durant, dans l’espoir de recevoir l’ultime coup de tampon, le tampon vert qui leur permettra de pénétrer en Arstotzka.

Et ce tampon, il est entre nos mains.

 

 

N’avez-vous jamais rêvé d’incarner un contrôleur de frontière ? Non ? C’est bien normal, il n’y a rien de très excitant dans le fait de passer sa journée le nez dans des paperasses, de soumettre des inconnus à des interrogatoires parfois poussés, et d’au final, les condamner en apposant sur leur visa le tampon rouge du refus. Mais il faut bien payer le loyer, nourrir sa famille : on est contrôleur de frontière, et on n’a pas d’autre choix.

 

Dans sa rhétorique de l’ennui, de la tâche rébarbative, répétée dix fois, cent fois, Papers, Please ne manque pas d’évoquer Cart Life, la simulation de vendeur de journaux/café/hot dogs qui a remporté le grand prix à l’IGF. Dans Papers, Please aussi il faudra travailler dur, vite, et méticuleusement, dans l’espoir d’avoir quelque chose le soir à se mettre sous la dent. Et travailler dur, vite et méticuleusement tout à a la fois, c’est bien sûr impossible.

 

La ressemblance pourtant s’arrête là, car Papers, Please ne nous propose pas de vivre en dehors du travail. Ce poste frontalier, c’est tout ce qui compte, lui et les vies qui y défilent. Pour chaque immigrant, il faudra jouer au détective, vérifier les dates d’expiration des documents, leur authenticité, la véracité des informations qu’ils s’y trouvent. De jour en jour, les contrôles deviendront de plus en plus difficile, pour nous, et de plus en plus contraignant, pour eux. Les systèmes de vérification se perfectionnent, les atteintes à la vie privée se multiplient, la file d’attente s’allonge…

 

Mais pourquoi voudrait-on jouer à un jeu pareil ? Pourquoi voudrait-on être ainsi torturé par un jeu vidéo ? Hé bien tout d’abord parce que malgré son aspect rébarbatif, le gameplay de Papers, Please propose un vrai challenge intellectuel, nécessitant de bonnes doses d’observation, de mémoire, d’intelligence (dans le sens de créer des liens), ainsi que parfois, dans l’urgence, d’instinct. Mais on y jouera aussi et surtout à Papers, Please pour les histoires qu’il nous raconte…ou plutôt qu’il nous laisse imaginer, à partir des informations que nous donnent toutes cette paperasse, ces interrogatoires, et ces événements qui viennent parfois interrompre le cours de notre travail.

 

Il y a autant d’histoires dans Papers, Please que d’émigrants se succédant à notre guichet, et immergé dans cet aglomérat d’espoir et de tristesse, on repensera peut-être à ces mots de Georges Perec, extraits d’Ellis Island :

 

“Ce n’était, tout compte fait, qu’une formalité anodine,

le temps de transformer l’émigrant en immigrant,

celui qui était parti en celui qui était arrivé,

mais pour chacun de ceux qui défilaient

devant les docteurs et les officiers d’état civil,

ce qui était en jeu était vital :

Ils avaient renoncé à leur passé et à leur histoire,

ils avaient tout abandonné pour tenter de venir vivre ici une vie qu’on ne leur avait pas donné le droit de vivre dans leur pays natal

et ils étaient désormais en face de l’inexorable”

 

 

Actuellement en béta, Papers, Please ne permet de jouer que les 8 premiers jours, et la version finale sera probablement une version commerciale. Si cette béta vous a plu, n’hésitez donc pas à aller voter pour le jeu sur Steam Greenlight je sais pas quoi, parce qu’il parait que c’est ce qu’on fait quand on apprécie un jeu. Bon après, le problème c’est qu’il est distribué sur Steam, mais bon…si c’est ce que l’auteur veut ^^

 

 

Merci à Timmy pour la découverte et à Fabien pour m’avoir aidé à passé le jour 3.

18 commentaires sur “Papers, Please

  1. admin dit :

    Je n’avais pas du tout envisagé Papers, Please comme un tower defense…mais maintenant que tu le soulignes, ça semble assez juste (surtout à travers le filtre de l’article de Martin).

  2. admin dit :

    J’aime pas Steam 🙂 Les DRMs, le fait de devoir être connecté tout ça tout ça. Marrant d’ailleurs que ces choses que les joueurs reprochent à tout va aux fabricants de console et éditeurs, ils ne le reprochent pas tant à Steam.

    Enfin, ça reste un avis très personnel, pour moi qui n’ait absolument pas l’utilité de pouvoir jouer à mes jeux sur plusieurs ordinateurs à la fois. Je reconnais que ça peut être bien pratique pour certains.

  3. Martin dit :

    [quote name= »admin »]J’aime pas Steam 🙂 Les DRMs, le fait de devoir être connecté tout ça tout ça. Marrant d’ailleurs que ces choses que les joueurs reprochent à tout va aux fabricants de console et éditeurs, ils ne le reprochent pas tant à Steam.
    [/quote]

    Il m’a semblé avoir vu passer un lien pour le proposer à GoG sinon… Mais je sais plus où.

  4. klob dit :

    Bien ce que je pensais ce n’est pas un « problème » en soi.

    Ceci dit bonne trouvaille, l’idée est sympa bien que je trouve quelque peu culotté d’en faire une version commerciale.

  5. dit :

    Il est plus facile d’accepter d’être connecté en permanence sur son PC que sur une console, peut-être d’où l’acceptation de Steam. (pour rebondir sur l’actualité, la x-box one exigerait la kinect que steam n’exige pas la webcam ^^)

    C’est une superbe plate-forme pour propulser les jeux indépendants (je n’ai quasiment que ça d’ailleurs dessus ^^)

    Et pour le jeu, il a l’air original, j’aime bien ses graphismes old school, je ne sais pas pourquoi je pense au commodore 64 en voyant le screenshot, j’imagine bien des bruitages adéquats sur le jeu…
    Mais est-ce difficile de résoudre ces enquêtes dans l’urgence et en anglais ?

  6. admin dit :

    Je ne comprends pas bien la question…Papers Please ne contient pas vraiment d’énigme à résoudre. En revanche, oui, ne pas saisir l’anglais peut poser problème pour jouer, principalement pour la conpréhension des instructions qui sont parfois complexes

  7. Sakutei dit :

    Ah ah ! Je viens de voir cette vidéo et je m’empressais de venir poster ma « trouvaille » pour faire partager ça ^^.

    Effectivement c’est très prenant, le ton suave d’Usul colle parfaitement à cet enfer de béton gris bolchévique

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