Jostle Bastard

Jostle Bastard (Browser)
Pippin Barr

 

 

Avec le touchpad de mon PC portable, jouer à Hotline Miami relève de la torture. Quand Synaptics décide de bloquer le touchpad quand une touche du clavier est pressée, c’est encore pire ! Alors, moi, rien que d’apprendre que Pippin Barr a fait un demake de Hotline Miami qui ne se joue qu’au clavier, ça me rend tout joie. On a les compensations qu’on peut.

 

Tout comme Hotline Miami, Jostle Bastard est un jeu violent, et tout comme lui, il ne fait rien pour la justifier. Cette fois, il s’agira de bousculer un maximum de personnes dans des lieux publics (ou privés) et de déguerpir avant l’arrivée de la police. On y retrouve de nombreux gimmicks du jeu de Devolver Digital comme les notes attribuées en fin de niveau, cette fois très arbitrairement, ou les instructions que l’on reçoit chez soi, cette fois à travers un poste de télévision. Jostle Bastard reprend en somme assez d’éléments pour que la filiation soit plus que claire, mais un détail diffère cependant : Dans Jostle Bastard, rien ne nous oblige à suivre les ordre, et rien ne nous empêche de quitter chaque scène sans n’avoir agressé personne. Sur Unwinnable, Pippin Barr explique que c’est à ce niveau que se trouve la satire, que Jostle Bastard se veut une critique non pas de la violence, mais de l’absence de message critique sur la violence dans Hotline Miami…et de mon humble point de vue, c’est plutôt raté.

 

À moi, Jostle Bastard m’a rappelé Driver, ce bon vieux jeu de course poursuite consistant à accomplir nos missions frauduleuses en échappant à la police et en causant le plus de dégâts possibles. Comme Jostle Bastard, et à l’opposé d’Hotline Miami, Driver ne nous poussait pas à la violence, nous démarrions la partie tranquille dans notre voiture, et je me souviens avoir essayé à plusieurs reprises de jouer au citoyen modèle, respectant les feux rouges, laissant passer les piétons. Mais il suffisait alors que j’égratigne un pare-choc à un stop pour que trois voitures de police se lancent à ma poursuite et tentent de plaquer mon véhicule contre un mur, même si je n’opposais aucune résistance. Jostle Bastard c’est exactement ça. Rien ne vous oblige à frapper les gens, non, mais bousculez par inadvertance le client d’un restaurant en tentant de vous asseoir à une table, et celui-ci vous tombera dessus à bras raccourci et vous cognera jusqu’à ce que vous sortiez de la salle. Est-ce vraiment ça le choix entre violence et non-violence ? Est-ce que finalement, en nous contraignant à cette violence, le message d’Hotline Miami n’est pas plus fort ? Est-ce que notre impuissance n’accroît pas notre dégoût, notre culpabilité ?

 

Pourquoi alors parler de Jostle Bastard ? Parce qu’il y a un autre aspect sur lequel il brille : le demake pur. Jostle Bastard, c’est Hotline Miami, mais en moins : moins abouti graphiquement, moins riche, moins hardcore, moins franc…et comme on dit : Less is more. On pourra donc trouver un grand plaisir à découvrir cet ancêtre fictionnel qu’on aurait pu trouver sur Atari, à reconstruire avec Pippin Barr l’histoire inventée d’un jeu déjà culte, mais pour ressentir ce plaisir, il faudra jouer à Jostle Bastard non pas comme l’auteur le souhaiterait, mais comme le jeu le demande : comme un gros bâtard.

 

4 commentaires sur “Jostle Bastard

  1. dit :

    Je suis pas tout à fait d’accord sur l’absence de message critique sur la violence dans Hotline Miami.

    Je ne sais pas si tu as fini le jeu( au touchpad ça m’ettonerait ), mais il y a quand même un but derrière tout ça. Et je ne parle pas de justification scénaristique.

    Et sinon l’écran titre de Jostle Bastard est très chouette

  2. Jacques Chirac dit :

    L’idée est assez chouette, par contre le gameplay est vraiment très limité et les niveaux se suivent et se ressemblent (j’ai arrêté au bout d’une vingtaine et quelques arrestations).

    À vrai dire, je n’ai pas compris où était la critique de la violence de Jostle Bastard, pour moi c’est plutôt comme un sketch des Monty Python, une peinture absurde où chaque personnage se dévergonde et s’abandonne à des déviances grotesques. C’est un peu Gombrowiczien en fait.

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