Sauvons le Louvre !

sauvez le louvreSauvons le Louvre! Dans la peau de Jacques Jaujard
Veronique Gauvin et Florent Maurin

 

Peut-être, lors de vos cours d’Histoire sur la gouvernement de Vichy avez-vous entendu la célèbre citation faussement attribuée à Göring « Quand j’entends le mot culture je sors mon revolver », mais il y a beaucoup moins de chances pour que vous ayez entendu parler de Jacques Jaujard. Voici pourtant quelqu’un qui a justement su prononcer le mot « culture » au nez de Göring et en ressortir entier…mais jouez plutôt à Sauvons le Louvre, vous comprendrez mieux et comblerez cette petite lacune.

 

Sauvons le Louvre est un jeu « sérieux », « éducatif », mais contrairement à beaucoup de ses congénères, c’est avant tout un jeu. Le sérieux n’est jamais dans son contexte, la France de 1939 à 1944, et l’éducatif dans la véracité de ses informations. Dans Sauvons le Louvre, nous incarnons donc Jacques Jaujard, sous-directeur des musées nationaux, celui-là même qui fût décoré après guerre de la Légion d’Honneur et de la Médaille de la Résistance pour avoir protégé les œuvres du Louvre des pillages et bombardements en les déménageant en province. Parviendrons-nous à reproduire cet exploit ?

 

Le jeu se divise habilement en deux phases de gameplay. La première, empruntée au visual novel, consiste à traiter avec l’occupant, le gouvernement de Vichy, les autres conservateurs et les résistants afin de préserver notre crédibilité auprès de nos alliés, nos ressources logistiques, et la confiance de l’occupant (et donc notre poste). La seconde consistera à acheminer les œuvres du Louvre dans des endroits sûrs, châteaux et abbayes de province, tout en équipant ces derniers de protections contre les incendies, les inondations et les bombardements.

 

Comme dans Jeu d’Influences, Sauvons le Louvre repose principalement sur l’équilibre de nos trois jauges, mais la phase logistique vient rompre la monotonie, rend le jeu moins dirigiste et en multiplie les issues. Si l’Histoire est déjà écrite, il n’en va ainsi pas de même de notre histoire : si nous parvenons à échapper à la fusillade, au retrait de nos fonctions et à l’abandon de nos alliés, il restera encore le nombre d’œuvres sauvées pour faire office de score. La perfection est dure à atteindre, et on pourra reprocher à Sauvons le Louvre une certaine lenteur dans les transitions, et l’absence de sauvegarde (le jeu est long, et l’échec cuisant), mais tous ses objectifs sont remplis : on s’amuse, et on apprend.

 

Sauvons le Louvre de ne traite pas de morale comme pouvait le faire Jeu d’Influences (choisir son camp dans ce contexte ne sera a priori pas bien difficile), mais de tempérance et de prises de risques. Nos pires ennemis, ce ne sont finalement pas les Allemands ou les ministres collabos, mais notre fierté, notre colère et nos ambitions. Plus qu’un événement historique, Sauvons le Louvre nous décrit ainsi une réalité de l’occupation que les professeurs d’Histoire ont bien souvent du mal à traiter : tout n’est pas blanc ou noir. Il n’y a pas d’un côté les résistants et de l’autre les collabos, mais une foule d’individus qui ont dû trouver le juste équilibre entre leurs idéaux et leur sécurité, qui ont du faire des sacrifices des deux côtés, qui se sont battus pour leur pays à leur échelle, à leur manière, et dont la situation était trop complexe pour être expliquée dans un manuel. Dans un jeu vidéo par contre…

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1 Comment

  1. Liliegane

    Jeu fort sympathique ! Je n’avais jamais entendu parlé des « Malgré-nous » et ce n’est pas faute d’avoir écouté/regardé des documentaires sur la seconde guerre mondiale.

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