Lisa « The First »

Lisa “The First” (Windows)
Dingaling

 

 

RPG Maker a déjà prouvé qu’il était une terre propice pour les jeux étranges, dérangeants, torturés (Space Funeral, Super Colombine Massacre RPG, Polymorphous Perversity, Off, Dark Soul.Ace 2…), mais dans son genre, Lisa “The First” touche à un nouveau sommet.

Je ne poste pas souvent d’avertissements sur l’Oujevipo, estimant que c’est aux auteurs de le faire, mais là, oui, quand même, je suggère aux âmes un peu trop sensibles de littéralement s’abstenir.

 

 

Lisa “The First” ne verse pourtant pas dans l’explicite, le gore, ni même dans la violence (il ne comprend pas un seul combat), et, RPG Maker oblige, ce ne sont pas non plus ses graphismes qui se montreront particulièrement agressifs. Le jeu explore plutôt la piste du malaise, du traumatisme et d’un humour si noir qu’on le perçoit à peine.

 

Dans sa construction, Lisa “ The First” évoque un peu Yume Nikki : comme lui il met en scène une fillette oscillant entre rêve et réalité, découvrant porte après porte des environnements singuliers aux règles à découvrir. Mais quand l’univers de Madotsuki est emprunt d’une certaine poésie, de vague à l’âme, celui de Lisa, l’héroïne, n’est que noirceur

 

Dans le monde de Lisa, tous les personnages arborent les même traits, ceux vraisemblablement de son père. Ceux-là (les personnages, les monstres), ne prononcent rarement plus d’une ligne de dialogue, quand ils ne se taisent pas, quand ils ne poussent pas d’affreux cri gutturaux. Dans le monde de Lisa, il y de vieux tubes cathodiques, des croix, des canettes, des tessons de bouteilles, des poubelles, du sang, de la gerbe, de la pisse…et puis soudain, il y a des fleurs, un parterre de fleurs avec au milieu une boîte. Et dans cette boîte il y a un rasoir.

Dans le monde de Lisa, il y a des toilettes tous les 200m, parce qu’on aura toujours envie de vomir.

 

Le Monde de Lisa est irréel bien sûr, complètement fantaisiste, mais il ne serait pas si angoissant son horreur ne nous semblait pas terriblement familière. Mis bout à bout, tous les éléments qu’on y trouve acquièrent une cohérence et décrivent une réalité : la vie de Lisa, quand elle n’est pas plongée dans ses cauchemars.

 

Lisa “The First” demeure soumis à interprétations, mais l’histoire qu’il raconte est assez claire pour, sur la fin, modeler notre visage en une terrible grimace. La seule chose qui saura nous apporter un peu d’espoir après ça, c’est de savoir que l’auteur nous prépare une suite, Lisa “The Game”, décrit comme un “RPG d’art martiaux post-apocalyptique” et étant lié, d’une manière ou d’une autre, à notre pauvre Lisa.

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18 Comments

  1. Sakutei

    C’est effectivement l’un des jeux les plus étranges et les plus cryptiques qu’il m’ait été donné de jouer.
    Je l’ai parcouru deux fois et je n’ai pas réussi à percer le rideau épais de dégoût pour trouver la source de ce malaise.

    J’ai trouvé 3 VHS et je suis finalement tombé sur un Game Over sans retour… mais je ne comprends pas trop de quoi l’auteur voulait nous parler.

    On dirait presque une histoire de changement de sexe. Mais pas tout à fait, et je pense que je suis influencé par un autre jeu que t’avais présenté plus tôt à ce sujet.

    Bref, un weirdo-like 😀

  2. O_o C’est pas du tout ce que j’y ai vu…et puis j’ai fini le jeu avec une seul cassette…
    Encore plus étrange

  3. Et de quel jeu tu parles ? :/

  4. Sakutei

    ça ne me surprend pas qu’on ait eu des impressions complètement différentes dans la mesure où le jeu est très largement soumis à interprétations.
    Mais en fouillant dans les fichiers associés au jeu, j’ai trouvé des musiques que je n’ai pas eu l’occasion d’entendre ainsi que des charsets que je n’ai pas vu. Soit ils ont été enlevés par l’auteur, soit j’ai encore loupé des trucs :P.

    Et donc, 3 VHS oui. Une nommée « Tricky Rick » qu’on obtient assez facilement je crois. L’autre nommée « Marty » qui s’obtient quand on donne le doigt coupé au Marty tout moche qui marmonne en sous-sol dans le monde de l’échelle grise. Et la dernière, « untilted » qui m’a donné le Game Over et qui se trouve dans le monde tout blanc où l’on atterrit après le faux « The End ».

  5. Sakutei

    L’autre jeu, je ne sais plus… un jeu qui parle du changement de sexe avec une série de mini-jeux très colorés et très abstraits.

    edit : je le retrouve pas (et tu vas avoir des rapports de « search request » un peu étranges du coup :D)

  6. « le faux The End »
    Mince je me suis fait avoir

    (ha et donc tu parles de Dys4ia)

  7. Sakutei

    Aaaah voilà merci. Impossible de se rappeler un titre pareil ^^ »

    Oui c’est un faux « The End », il faut commencer par faire Esc, puis Shift pour revenir dans le lobby et continuer le marasme mystérieux 🙂

  8. hidden

    c’est… gerbant, pas d’autre mots. j’ai eu la mauvaise idée d’y jouer juste avant de manger…
    par contre j’ai pas compris la « vrai » fin (celle avec la mère)

  9. Quelle ambiance dégueulasse ! Je ne m’y connais pas assez en jeu d’exploration, donc c’était trop dur pour moi et j’ai fini par regarder une vidéo sur Youtube pour m’aider à trouver la suite logique « je dois donner tel objet à untel, etc ».

    (SPOILER ALERT) Hidden, je n’ai pas eu l’impression que c’était la mère, juste le père avec des yeux rouges. Il n’y a pas d’histoire exacte, l’auteur s’est arrangé pour que chacun l’interprète comme il désire, personnellement j’ai cru y voir le père avant qu’il ne devienne un connard, qui s’excuse auprès de sa fille pour ce qu’il est devenu.

  10. hidden

    (SPOILER)

    pourtant « elle » ressemble à lisa vus de dos. et ce qu’elle dit laisse penser qu’elle serait morte (suicide?) et qu’a la suite de ça le père s’est mis a boire puis à commencé à devenir violent avec sa fille. et pour son visage, ça pourrait signifier que lisa pense que c’est à cause de ce qu’elle a fait que sa vie est comme ça aujourd’hui. (n’empêche que cette scène est vraiment flippante, avec l’espèce de musique démoniaque en bruit de fond…)

  11. Sakutei

    C’est une interprétation assez complète en effet… mais il reste des zones de flou. Comme ce monde blanc où tout est mignon avec des coeurs. Ou encore la VHS Marty justement, où ils partagent un thé avec amour.
    On dirait pour le coup que Marty n’est pas le père de Lisa. Mais quoi alors ? Un amant ? Une ancienne version d’elle-même ? Une vision allégorique comme Ricky ?
    Ce qui est étrange aussi, c’est que beaucoup des objets que l’on ramasse sont des choses relatives au suicide.

  12. [spoiler]
    Le personnage que je ne sais vraiment pas comment interpréter, c’est le type qu’on va tuer de trois manières différentes, et qui dit qu’il est en train d’attendre lorsqu’on le croise dans l’inventaire. Si quelqu’un a des hypothèses, je suis preneur.

  13. Sakutei

    Alors j’ai lu une interprétation comme quoi le personnage qu’on bute plusieurs fois, Ricky, serait une métaphore pour le pénis. Au début j’y croyais pas trop mais en fait, en lisant sa ligne de dialogue dans la VHS « Tricky Rick », ça pourrait correspondre.
    S’en suit que Lisa aurait une hargne particulière envers ce pénis personnifié qui la poursuit dans ses moments glauques et dont elle tente d’effacer la présence.

  14. … le pire, c’est que ça se tient parfaitement. 😮 Merci !

  15. Pour ajouter mon grain de sel : moi qui me suis arrêté à la « première » fin, j’ai très clairement vu dans Lisa une histoire de viol…

  16. De viol, mais pas seulement. De ce que j’ai compris, c’est l’histoire d’un père qui a pris le contrôle total sur l’esprit et le corps de sa fille, elle essaye de passer/penser à autre chose, mais en est devenue incapable.

  17. J'emmerde le karma

    [Spoiler massif et éhonté, sauvez vos âmes et fuyez loin]

    De mon côté, c’était très clair quasiment dès le départ que oui, l’histoire de Lisa est une histoire de viol. Même avant d’avoir fini le jeu et trouvé les trois fins, il y a des symboles phalliques et des références à la pénétration absolument partout. Quand on doit planter l’épée dans le trou de la statue, quand on monte le long de la grande montagne rose pour y trouver Ricky ( qui a littéralement une tête de bite, d’ailleurs )…

    Et puis clairement, la narration et les différentes étapes par lesquelles on passe pour atteindre la « fin » sont comme le processus mental par lequel passent souvent les victimes de viol. La victime culpabilisant, le souvenir traumatique restant en permanence dans un coin de sa tête comme un Ricky-tête-de-bite restant logé dans un coin du lobby, tous les passages avec les araignées peut être pris comme une métaphore de la lutte intérieure pour dépasser le traumatisme et s’en sortir. Avec, constamment, le père qui nous bloquera le passage en nous disant qu’on ne peut pas fuir…

    Pour moi, il est beaucoup moins cryptique et sujet à interprétation que Yume Nikki, même si on trouve des théories tout aussi glauques que celles de Lisa pour Yume Nikki…

    • Pierrec

      C’est ce que j’ai ressenti aussi, mais je n’oserais pas l’affirmer avec certitude 🙂

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