Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story

Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story (Windows, Mac, Linux)
Christine Love

 

Voilà un petit moment que je n’ai pas posté (toute proportion gardée), c’est que j’ai pas mal de choses à faire en ce moment, notamment un mémoire, et c’est autrement plus compliqué que d’écrire des articles pour l’Oujevipo. Je m’en excuse donc, et pour me faire pardonner, voilà une fiction interactive et visuelle qui saura vous occuper une heure ou deux, quel que soit votre système d’exploitation.

Soyez tout de même prévenu, afin d’être apprécié, Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story requiert deux conditions :

-Que vous ayez un niveau d’anglais correct

-Que vous n’ayez pas le cœur trop endurci.

 

 

Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story est en quelque sorte la suite de Digital : A love Story, fiction interactive de Christine Love également. Il n’est aucunement nécessaire de jouer à Digital avant Don’t take it personally (ne m’en voulez pas si j’abrège), puisque ces jeux ne se suivent que dans leurs thèmes : les relations amoureuses, d’une part, mais surtout : le numérique et ses moyens de communication.

 

Tandis que Digital prenait pour cadre l’espace de travail d’un ordinateur aux débuts d’Internet, Don’t take it personally fait un bond en 2027 sous la forme de ce qui pourrait s’apparenter à un dating sim. Dessins au style manga, ravissantes écolières en uniforme, dialogues à choix multiple…tout y est pour maintenir l’illusion. Le lecteur troll que je n’ai pas pourrait ainsi s’exclamer avec jubilation « lol porn. » (ce qu’il m’échut de faire sur Indie Games lolololol) mais il n’en est évidemment rien…ou du moins pas grand chose, car sexualité et sensualité tiennent une place plus que considérable…mais ne brûlons pas les étapes.

 

Don’t take it personally vous propose d’incarner un professeur de littérature nouvellement arrivé dans une classe d’un prestigieux lycée. Vous assurerez ainsi une classe de 7 élèves, 5 filles et 2 garçons, aux personnalités distinctes et assez stéréotypées (la bêcheuse, la cynique, le métrosexuel, le ténébreux…). Vous serez confronté à leurs émois d’adolescents et à leurs histoires de cœur, et les décisions que vous devrez prendre ne concerneront finalement jamais votre pédagogie, mais la relation que vous décidez d’instaurer avec ces élèves, et par conséquent, ses limites.

 

Toute l’originalité du jeu provient d’une petite innovation : Lors de votre arrivée dans le lycée, l’administration vous a équipé d’un espace numérique de travail, installé sur votre ordinateur, téléphone, tablette…ou quel que soit le terminal à la mode en 2027. Cet espace de travail vous permet de consulter votre boîte mail, des forums, et surtout, le réseau social AMIE sur lequel tous les profils de vos élèves ont été pré-enregistrés. A noter que le nom de ce réseau en français prend beaucoup plus de sens qu’en anglais, aussi bien littéralement qu’à travers son anagramme.

Tout au long de ce récit interactif, vous pourrez donc vous accorder une pause pour jeter un œil à ce qu’échangent vos élèves : Messages sur le mur, changements de statuts, et même conversations privées. Je préciserais bien que cette démarche est nécessaire pour apprécier le jeu, mais je fais confiance en la curiosité et en le voyeurisme naturel chez l’être humain.

 

Il y a quelques années à peine, Don’t take it personally aurait pu se révéler difficilement compréhensible. En effet…comment réussir à cerner toutes les causes et conséquences d’une histoire à travers une narration si morcelée ? Le mélange des voix d’un roman de McCullers n’est rien comparé à la profusion d’interactions de AMIE. Mais Facebook étant passé par là, et la plupart d’entre nous l’ayant déjà fréquenté, la narration du jeu se révèle d’un naturel et d’une fluidité surprenante. Comme le souligne intelligemment Arianna dans la capture d’écran ci-dessus : Les détails sont extrêmement importants, et le trame de l’histoire peut être dévoilée à travers eux (vous penserez à lui mettre une bonne note).

 

Cela nous amène à nous interroger sur le contenu du cours donné. Pourquoi de la littérature, et pas des mathématiques par exemple? Eh bien parce qu’à travers les ouvrages donnés à étudiés (allant de Romeo et Juliette à Battle Royale) c’est Christine Love qui parle, et qui parle de Don’t take it personally. La démarche entière du jeu semble explicitée à travers les cours, ce avec tact et discrétion.

 

On pourra reprocher au jeu un manque d’interactivité. En effet, les choix proposés sont rares, comparés à la longue durée du jeu. Mais ils compensent en étant de véritables choix, qui sauront vous faire hésiter plusieurs secondes. Ce n’est pas la peur de perdre qui cause cette hésitation, puisqu’il n’y a aucune victoire/défaite dans Don’t take it personally, juste une histoire, c’est plutôt votre morale et votre intégrité qui sont en cause. Lorsque cette jeune étudiante vous propose de vous raccompagner chez vous, ce n’est pas le joueur que vous êtes qui répond à la question, sans quoi, il y a de forte chance que vous acceptiez sans hésiter, car le joueur est pervers. La question est véritablement posée au professeur que vous incarnez, et le choix est bien plus difficile, car vous connaissez ses pulsions, et vous connaissez sa morale. L’identification avec le personnage fonctionne à merveille (et ce je crois, que vous soyez un homme ou une femme), ce qui est d’autant plus remarquable par le manque d’interaction du jeu.

Au fur et à mesure que les chapitres s’écoule, les choix seront de plus en plus difficile, en raison de vos décisions précédentes. Pourrez-vous décemment refuser à cette étudiante de 17 ans de lui acheter de l’alcool tandis que vous avez permis à cette autre de monter chez vous et de s’asseoir sur vos genoux ?

Chaque décision s’avère de plus très engageante et vous conduira progressivement vers une des trois fins du jeu (du moins je l’imagine, ne l’ayant parcouru qu’une seule fois pour le moment).

 

Cette fin, je ne la trahirais pas, et tout ce que je peux dire c’est qu’elle ne m’a pas déçue. Est-ce donc là la morale qui m’ait imposée ou bien celle que j’ai choisie? Quoi qu’il en soit, elle me plait, et me fait réfléchir, deux choses dont je n’ai pas l’habitude avec les morales. Comme il est de rigueur dans un dating sim, je crois être tombé progressivement amoureux de chacun des personnages, filles comme garçons, mais à l’opposé de ces même dating sim, mon profond désir n’était point de conclure avec eux mais de les voir tous heureux et épanouis. J’ai parcouru le jeux plein d’angoisse, et l’ai quitté avec le sourire au lèvres. Aussi, je vous de faire comme moi et de ne surtout pas suivre l’injonction du titre : prenez ce jeu personnellement! Faites en votre propre histoire!

8 commentaires sur “Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story

  1. dit :

    Whoa effectivement, j’ai passé une partie de la nuit là dessus et c’est plus prenant que ça en a l’air.

    Le côté réseau social donne vraiment une autre dimension au genre. On se surprend à guetter les notifications et à suivre les évolutions message par message, waho ! Rien que pour ça, le jeu signe une performance.

    C’est même parfois assez confortable de ne pas avoir trop de choix à faire et de laisser ce brave professeur se démmerder lui-même 😀

    Comme toi, fébrile une bonne partie du temps et owned à la fin ^^.

  2. Nimls dit :

    Decidement…

    Ce jeu est tout simplement hallucinant, je viens de le finir et la moral est vraiment… Wouaw.

    Personnelement, j’ai enormement hesite sur le premier choix avec Arriana, mais une fois passer ca, j’ai senti que ca coulait tout seul, et je ne m’attardais pas trop sur les choix a faire, laissant faire ma premiere intuition… C’etait peut etre le but du jeu.

    J’ai tout de meme tout simplement adore,ca me fait reflechir a des tas de choses, et pas que sur la morale elle-meme.

    (J’aimerais bien un interview de Christine Love si c’etait possible, tiens 😛 .)

    Merci beaucoup!

  3. admin dit :

    Une interview de Christine Love…c’est vrai que ce serait bien. J’ai un peu délaissé les interviews ces derniers temps, faute de temps surtout, et s’il y en a une que je souhaiterais réaliser en priorité, ce serait celle de Jake Elliott. Ca risque de ne pas être pour tout de suite.
    Cela dit, le site Game side story qui a ouvert récemment présente de très bonnes interviews en français de développeurs indés, je vous conseille d’aller y jeter un oeil :

  4. dit :

    C’est drôle. Pour moi ce jeu est une déception terrible à côté de Digital. Il y avait une idée formidable dans Digital : être coincé à l’écran, le réalisme de la situation (moi à l’écran) remplaçait le réalisme des images… et ça produisait un trouble formidable. Mais là il ne reste plus que la mécanique : du texte et des clics… avec très peu de choix significatifs. Je l’ai joué en entier en attendant le déclic qui n’est pas venu. La fin est aussi artificielle, pauvre et mal écrite que le reste.

  5. admin dit :

    Je vais vous révéler un terrible secret : Je n’ai pas encore joué à Digital : a love story. Ce n’est pas faute d’en avoir entendu parler pourtant, mais je ne sais pas…des fois on passe à côté.
    J’ai lu beaucoup de comparaisons entre les deux jeux, certains étaient déçus du deuxième, d’autre enthousiastes…représentant à vous seuls les deux facettes, vous me donnez envie de m’y mettre enfin. Je vous dirais finalement ce que j’en pense.

  6. Pour les déçus par rapport à « Digital : A Love Story », je comprends votre déception vis-à-vis de « Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story ». En effet, le premier est un des jeux les plus originaux auxquels j’ai pu jouer, ce qui laisse logiquement une certaine attente quant aux prochains jeux de Christine Love.
    Reste que j’ai aussi vraiment apprécié « Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story ». Ça n’a peut-être pas l’air original en soit, mais pour un visual novel, ça l’est énormément. Le réseau social AMIE enrichit admirablement le gameplay habituel de ce type de jeu, et ajoute ainsi une appréhension des émotions des personnages novatrice et forte, alors que le visual novel a justement tendance à se banaliser au niveau du scénario. Qui plus est, Christine Love apporte une sensibilité très occidentale (on parle de sentiments et de sexe beaucoup plus librement), ce qui renouvelle aussi le genre. Et bien sûr, la présence d’histoires homosexuelles et celle d’une réflexion sur la disparition de la vie privée sont aussi très bienvenues.
    Bref, vous l’aurez compris, si je ne conteste pas qu’il soit moins original que « Digital : A Love Story », « Don’t take it personally, babe, it just ain’t your story » est pour moi extrêmement digne d’intérêt car il dépoussière un genre avec brio. Et est très plaisant à jouer, évidemment.

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