Passengers

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Francois Alliot et Arnaud De Bock

 

La photo d’Aylan, Syrien de 3 ans échoué sur une plage turque a permis à beaucoup de prendre conscience de la gravité de ce que certains appellent la « crise des migrants » (le mot « crise », rappelons-le s’applique à une période de temps limitée, et tant qu’on n’en voit pas le bout, comment une période pourrait être limitée ? Quant au terme « migrant », il est moins pertinent dans le cas syrien que celui de « réfugié »). Mais si une photo peut susciter l’horreur et l’indignation, elle ne permet une compréhension de la situation que très limitée. Le jeu vidéo en revanche…

 

Passengers ne nous apprendra rien sur l’accroissement des traversées clandestines en Méditerranée et ailleurs, il y a des chiffres et des cartes pour ça. Il ne nous permettra pas non plus de saisir la situation dans son ensemble puisqu’elle est trop complexe pour un seul jeu vidéo (pour un seul homme ?), mais il permettra au moins d’en comprendre un des aspects en nous mettant dans la peau d’un passeur, un de ces capitaines de navire faisant traverser la méditerranée aux réfugiés moyennant l’intégralité de leurs économies.

 

On peut s’engager dans le métier de passeur avec les meilleures intentions du monde. Après tout, il ne s’agit que d’offrir un service à ceux qui en ont besoin. C’est un commerce, illégal, certes, mais pas forcément immoral pour peu qu’on considère les lois frontalières absurdes et criminelles. Aussi, en commençant à jouer à Passengers, il y a de fortes chances pour qu’on le fasse avec une éthique, qu’on privilégie les plus nécessiteux, les familles ou simplement les premiers arrivés pour s’éviter tout choix. Après tout, on ne peut pas embarquer tout le monde. Mais le navire, la traversée, les pattes de gardes frontaliers à graisser, ce n’est pas gratuit, et c’est sans parler des risques de naufrage et d’arrestations. Alors on commence à surcharger le navire, on négocie les tarifs, on devient plus sélectif. « Pas pour moins de 200$. Pas pour moins de 300$. Pas pour moins de 500$. » Les traversées gagnent en sécurité et la trésorerie grandit tandis que notre humanité disparaît. Nous sommes devenus des monstres.

 

Les traversées clandestines ne sont rien d’autre que du trafic d’humain, et par ses mécanismes, Passengers l’illustre bien. Mais il serait trop facile de rejeter la faute des milliers de réfugiés noyés et asphyxiés sur les passeurs. Rappelons que ces monstres-là n’existent que grâce aux obstacles physiques et législatifs que les gouvernements mettent en place aux frontières.

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