The Kindness of Strangers

The Kindness of Strangers (Browser)
Jordan Magnuson

 

Le jeu-vidéo contient de l’image, il contient du texte, il contient du son, il contient de la vidéo. Pour ces raison, tout ce que les arts visuels, la littérature, la musique, le cinéma peuvent faire, le jeu-vidéo peut le faire aussi. Mais il peut surtout le faire différemment, en usant de son plus bel atout : l’interactivité.

 

Plusieurs champs ont déjà été explorés, mais le plus gros reste à faire. Aussi, c’est toujours un plaisir et un soulagement quand une nouvelle initiative vient combler des lacunes du jeu-vidéo. Cette fois-ci, c’est au tour de Game Trekking, un projet de carnet de voyage en jeu-vidéo lancé en 2010 par Jordan Magnuson Son objectif est de parcourir le Monde (l’Asie pour le moment) et de réaliser de petits jeux web sur ses expériences les plus marquantes. (Un très bon entretien est disponible sur le site Je perds donc je pense). Trois jeux ont déjà été créés lors de son séjour en Corée, et deux à Taïwan.

 

 

Aucun jusqu’à présent ne m’avaient vraiment séduit. Tous étaient plaisants, intelligents, mais, trop abstraits, ils ne reflétait pas vraiment une expérience de voyage. Freedom Bridge traitait de la frontière entre Corée du Sud et Corée du Nord, Taïwan du fragile statu-quo de l’île en question…autant de sujets qu’un non-voyageur bien informé pouvait lui aussi traiter.

 

Je suis enfin comblé avec The Kindness of Strangers, le deuxième jeu de son voyage Taïwanais.

The Kindness of Strangers est un tortueux labyrinthe aux lignes noires. Il est peuplé de nombreux personnages de la même couleur, ses habitants. Le joueur, lui, incarne un personnage blanc, un étranger, qui voudrait traverser ce mystérieux pays. ( Ai-je besoin d’expliciter la métaphore Labyrinthe = Taïwan ?)

 

En fond sonore, l’auteur nous raconte en anglais plusieurs anecdotes de son voyage sur l’île. En fond visuel, il fait défiler des photographies auquel le joueur prête peu d’attention, concentré qu’il est sur la résolution du labyrinthe.

 

Si vous n’avez pas encore testé The Kindness of Strangers, vous pourrez penser qu’il s’agit pour Jordan Magnuson d’un ingénieux moyen de nous faire subir une séance de diapositives. Évidemment, ce n’est pas le cas, et je vous suggère de jouer à The Kidness of Strangers à deux reprises avant que je ne vous gâche la surprise.

 

The Kindess of Strangers est sous-tendu par un message, celui du titre : La gentillesse des étrangers, ou plutôt « Je suis surpris et reconnaissant de la gentillesse des étrangers ». C’est ce que Magnuson nous raconte oralement : comment, tout au long de son séjour, il a été orienté, et accueilli chaleureusement (et gratuitement) par des taïwanais. Des gens qu’il ne connaissait pas, et qui lui ont fait découvrir avec enthousiasme de nombreux aspects de leur culture.

 

Cette expérience se retrouve dans le gameplay, ainsi, chacun des personnages croisé dans le labyrinthe vous orientera vers la sortie, au moyen d’une petite flèche. Des indications bien légères, mais qui mises bout à bout, vous aideront à sortir de ces couloirs.

 

Ce que vous trouvez à la sortie est un cœur, et vous finirez The Kindness of Strangers heureux et grandis de cette expérience. Ce n’était pas un labyrinthe, c’était une agréable promenade.

 

Le jeu vous propose alors de recommencer, pour une nouvelle expérience. Cette fois, le discours s’interrompt pour laisser place au silence, et les photos aussi, pour laisser place à un fond gris. Les habitants maintenant ne vous indiquent plus le chemin, vous voilà livré à vous même.

 

Dès lors, le jeu prend vraiment des allures de labyrinthe. C’est un vivier de culs-de-sac d’une horrible difficulté et on serait prêt à remettre en question l’existence d’une sortie si on ne l’avait pas trouvé précédemment.

 

Sans la gentillesse de ces étrangers, le jeu est plus difficile. Mais il est aussi plus ennuyeux, il ne présente plus aucun intérêt, et à moins d’être masochiste, le joueur préfèrera abandonner la partie plutôt que de se démener à trouver cette sortie qui, cette fois, ne contiendra surement pas de cœur (Mais si quelqu’un a envie de vérifier, j’aimerais bien savoir de quoi il retourne).

 

Je crois que là encore la métaphore est claire : Les voyages ne sont rien sans les gens que l’on y rencontre, et il faut être reconnaissant envers ces personnes qui nous donnent de leurs gentillesse. Comme le dit Magnuson, ce ne sont pas des justicier, ce ne sont pas des « Batman », ce sont de vraies personnes qui font le choix désintéressé de vous aider, et pour un acte de cruauté présenté à la télévision, se déroulent au moins trois ou quatre actes de bonté gratuits.

 

Ce message, et cet hommage tout à la fois, pourrait sembler un peu sucraillé, un peu niais, tout comme peut l’être la devise du site Couchsurfing « Participez à la création d’un monde meilleur ». Mais les photographies et témoignages de Magnuson le rendent tangible, ancré dans notre réalité. Il ne s’agit pas de dire « Soyez gentils! » mais de constater que « les gens sont gentils ». Le ridicule alors s’efface pour laisser la place à un sentiment de reconnaissance et une furieuse envie de voyage.

Peut-être alors aussi que Couchsurfing dit vrai, peut-être que de prêter son canapé à des étrangers participe vraiment à la création d’un monde meilleur.

 

The Kindness of Strangers m’a touché, comme avait su le faire l’Equipée de Victor Segalen ou Le Photographe, de Guibert, Lefèvre et Lemercier. En cela, il marque bel et bien l’avènement du récit de voyage en jeu-vidéo, et j’attendrais la suite avec impatience.

3 commentaires sur “The Kindness of Strangers

  1. dit :

    Le syndicat des « Vaches et Génisses de France » vient de porter plainte contre vous. Vous recevrez votre convocation au tribunal dans quelque jour pour avoir stigmatisé les vaches comme étant normandes.

    Bien l’bonjour à vot’ dame!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *