OUJEDICO: Les Contrôleurs Alternatifs

slam of the arcade age « Quand nous jouons à un jeu, notre esprit voyage vers ce lieu plein de merveilles, mais nos corps restent coincés dans le monde réel, ils se mettent en travers du chemin. Nous pouvons construire des portails » Jonatan Van Hove

 

Il mesure moins de dix centimètres, il ne comprend qu’une paire de phalanges, pourtant, c’est lui qui a été universellement choisi pour être l’intermédiaire entre l’humain et le jeu vidéo. C’est le pouce qui actionne les sticks, qui presse les boutons de la manette, et pendant des décennies, personne n’y a trouvé à redire. Les jeux PC ont bien tenté de modifier la tendance, mettant sur le clavier tous les doigts à contribution, mais ce n’était que déplacer le problème. Pourquoi tenions-nous tant à ne toucher le jeu vidéo que du bout des doigts ? Cherchions-nous à oublier notre corps pour mieux laisser notre esprit voyager vers le monde virtuel ? N’aurait-il pas été plus efficace de nous y engouffrer tout entier ? Quoi qu’il en soit, l’Histoire est en train de trancher : la dictature du pouce touche à sa fin. Bienvenue dans l’ère des contrôleurs alternatifs.

 

Par métonymie, le terme « jeu vidéo » désigne à la fois le jeu, l’interface utilisateur (l’écran) et le périphérique avec lequel il est joué. Par métonymie également, le terme « contrôleurs alternatifs » (alternative controllers en anglais) désigne tous les périphériques qui ne sont pas traditionnels, l’interface utilisateur (écran…ou non) et les jeux auxquels ils permettent de jouer.

Les périphériques traditionnels, ce sont les claviers, les souris, les manettes, les écrans tactiles des terminaux mobiles, mais aussi les wiimotes, les kinects, les PS moves…bref, les périphériques constructeurs, ceux qu’on trouve dans le commerce et qui sont généralement associés à l’idée de jeu vidéo. Les périphériques alternatifs ce sont les autres, tous les autres, n’importe quels autres.

 

On peut distinguer cinq grandes familles de contrôleurs alternatifs :

-Les contrôleurs DIY, créés de toutes pièces par les développeurs, et qui peuvent prendre une infinité de formes, de la manette géante (Gigantomachie) au masque (HOMIES) en passant par le bol de crème anglaise (Punch The Custard).

-Les périphériques traditionnels détournés, claviers auxquels on arrache des touches (BEAK BEAK), contrôleurs qui deviennent contrôlés (Deluxe Turbo Racing 360), souris qui se multiplient (Holy Shit!).

-Les bornes d’arcades, dans le sens le plus large du terme. Là encore, celles-ci se différencient des bornes d’arcades classiques par les périphériques originaux qu’elles emploient, qu’il s’agisse d’une webcam (Lupa), d’un micro (WOOORRK) ou même d’un piano (Doom Piano).

-Les installations, jeux pouvant parfois être joués à l’aide de périphériques classiques, mais qui dépendent aussi grandement de l’environnement qui les entoure, pensé et conçu lui aussi par le développeur. Il peut s’agir de salles entières (Edgar Rice Soirée), de cabines (Through The Curtain), ou encore d’un morceau de mur dans la rue (Boulevard Descat).

-Les performances ludiques, chaînons manquants entre le jeu et le spectacle. N’importe quel jeu peut devenir une performance à partir du moment où il y a un public, mais certains d’entre eux, comme Take Control, Lovebirds ou Hit me sont spécifiquement conçus pour être joués devant une audience.

 

Les points communs de tous ces jeux sont leur volonté de nous faire jouer autrement qu’avec nos dix doigts ainsi que leur difficulté d’accès. On ne peut pas en effet télécharger un contrôleur alternatif et y jouer dans le confort de son salon. Il faut se déplacer, dans les festivals, dans les musées, dans les bars, là où ils sont exposés (à moins bien sûr de se donner la peine de les reproduire).

Ceci a deux conséquences : la première est de faire sortir le jeu vidéo de son cadre traditionnel, de le faire entrer dans les lieux publics, les lieux culturels, dans la rue même, pourquoi pas ? La deuxième, c’est que ces jeux sont condamnés à être éphémères. Certains seront des performances uniques, d’autres tourneront de festival en festival, mais éventuellement, tous finiront dans le placard de leurs créateurs qui ont d’autres idées, d’autres jeux à faire tourner.

 

C’est pourquoi j’ai l’honneur de vous annoncer la création d’un nouveau site web :

Shake That Button

stbSans ôter aux contrôleurs alternatifs ce côté éphémère qui fait aussi leur beauté, Shake That Button a pour but de recenser et documenter ces jeux afin qu’ils laissent une trace dans l’histoire du jeu vidéo qu’ils participent à écrire.

N’hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, et à me contacter pour tout ajout que vous trouveriez judicieux. J’espère que vous prendrez autant de plaisir que moi à découvrir toutes ces créations un peu folles, mais compte tenu de votre présence ici, sur l’Oujevipo, je n’en doute pas trop.

 

Par ailleurs, j’ai également écrit un article sur le sujet dans le magazine Usbek & Rica qui est actuellement en kiosque.

 

Contrôleurs alternatifs notables :

 

Johann Sebastian Joust

Joust

Line Wobbler

line wobbler

Adsono

adsono

Quand les hamsters régnaient sur la Terre

quand les hamsters

Bust a Cup

bustacup

Prepare to Meet Thy God

Prepare to meet thy gos

Flippaper

flippaer

Slam of the arcade age

slam of the arcade age

Spacebro Justice Rocket

Spacebro

Snail Run

snail run

Ceci est le septième article de l’OUJEDICO, rubrique s’intéressant à des sous-sous-genres de jeux vidéo, reconnus ou inventés. Son existence a été rendue possible grâce aux dons des lecteurs sur mon Tipeee. S’il vous a plu et que vous désirez en lire d’autres (ou que vous souhaitez simplement soutenir mon travail) vous pouvez donner 1€/mois à l’Oujevipo.

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