Pantaléon

Pantaleon (Browser)
Léo Duquesne, Adrien Houillère et Joachim Werner

 

Allons mon cher Watson, c’est pourtant élémentaire ! Voyez ce poignard et ces veines tranchées au niveau du poignet ? D’aucun pourraient croire à un simple suicide, mais ce serait oublier un détail accablant : la présence au sol de fragments d’une assiette en porcelaine…

Avez-vous lu le Times du 18 Octobre ? Ce jour là, un diamant brut d’une valeur inestimable disparaissait mystérieusement du manoir des Humphrey. L’affaire n’avait jamais été résolue, mais j’ai fort à croire qu’il s’agissait d’un coup du vil Moriarty. Or hier matin, j’ai appris de l’inspecteur Lestrade lui-même qu’à la demande de Sir Humphrey, ayant des contacts haut-placés à Scotland Yard, l’enquête allait être rouverte. La discrétion de ces messieurs de la police étant ce qu’elle est, Moriarty a sans nul doute eu vent de la nouvelle, et y aurait vu l’occasion rêvée de se disculper tout en se débarrassant d’un rival gênant, Mr Cummings ici-gisant. Notez sur ce bureau le carré exempt de poussière : il semble qu’un objet volumineux était disposé là. Rappelons que Mr. Cummings, quand il ne dépouillait pas la noblesse londonienne de ses bijoux, rédigeait et imprimait Le Gant Noir, torchon anarchiste distribué sous le manteau dans les bas-fonds de Whitechapel. Or que trouve-t-on sur le bureau d’un imprimeur ? Tout juste : un massicot ! Après l’avoir endormi à l’aide d’un chiffon imbibé de chloroforme, Moriarty aurait ainsi entreprit de découper la main de Mr. Cummings au massicot, dans le but de disséminer ses empruntes digitales dans le Manoir des Humphrey et d’ainsi le faire accuser de son propre larcin. Mais la lame n’était pas assez aiguisée, et il ne serait parvenu qu’à entailler de façon superficielle (quoique létale) le poignet de la victime. C’est là qu’intervient l’assiette brisée, car comment aiguiser une lame en l’absence d’affûtoir sinon avec les bords rugueux de bris de porcelaine ? Mais rappelez-vous : cette nuit, à 23h, la police montée est intervenue non loin de là pour une simple histoire de racolage. Entendant les sabots, et croyant certainement que la police était là pour lui, Moriarty aurait du prendre précipitamment la fuite par la fenêtre ci-béante, sans oublier d’emporter avec lui l’arme du crime qu’il aurait par la suite jetée dans la Tamise. Inconscient et se vidant de son sang, Mr Cummings serait décédé de sa blessure quelques heures plus tard.

Et le poignard ? Me demanderez-vous. Si vous étiez observateur, vous auriez pu noter qu’il ne s’agit pas d’un vulgaire poignard, mais d’un stylet lombard de l’époque Justinienne, connus pour leurs manches creux permettant d’y escamoter des documents précieux. C’est en tout cas quelque chose qui n’a pu échapper à Moriarty, et, piqué par la curiosité en voyant cette arme en la demeure d’un receleur, il aurait entrepris d’en déchausser le manche pour s’approprier le trésor qu’il renfermait. Mais c’était négliger le fait que Mr. Cummings était aussi un faussaire notoire, et que ce stylet n’était qu’une vulgaire reproduction destinée à berner quelque riche médiéviste. Tentant de l’ouvrir, Moriarty se serait ainsi blessé au niveau des phalanges, et je peux ainsi affirmer que le sang visible sur la lame n’est autre que le sien. Si les agents de Scoltand Yard avaient les moyens scientifiques d’analyser cette hémoglobine, ou les moyens techniques pour draguer la Tamise à la recherche du massicot, ils pourraient évidemment confirmer mes dires, mais faute de cela, il leur faudra faire confiance en ma brillante démonstration et mettre cet infâme Moriarty sous les verrous !

 

Parfois, c’est à se demander si Sherlock Holmes ne force pas un peu sur l’opium, et combien d’innocent il a pu ainsi envoyer à Pentonville. Et si ce détective n’était qu’un affabulateur, se servant des affaire criminelles les plus simples pour raconter ses histoires abracadabrantesques ? Et si, depuis le début, les romans policiers nous mentaient, nous présentant les détectives comme des champions de la déduction quand ils sont en réalité les véritables génies du crime, privilégiant simplement le conte au répugnant passage à l’acte ? C’est l’hypothèse que Pantaleon se propose d’explorer, avec un gameplay similaire à celui de Detective Noword dont j’avais déjà vanté les mérites. Une petite merveille d’écriture au service d’un mystère en chambre close plus complexe qu’il n’en a l’air…à moins que.

2 commentaires sur “Pantaléon

  1. Charles de Goal dit :

    Une enquête pleine de charme et d’astuce. Dommage qu’elle se termine sur une boucle de citations en boucle. (à moins que ?).

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