Off-Peak

Off peakOff-Peak (Windows, Mac)
Cosmo D., Archie Pelago

 

Rechercher et collecter les morceaux d’un ticket de train déchiré pour voyager vers on-ne-s’est-pas-donné-la-peine-de-nous-dire-où…rarement un objectif de jeu vidéo n’aura semblé aussi artificiel. La complétion de cet objectif l’est toute autant d’ailleurs : ces morceaux de ticket traînent sur le sol en évidence, et nous n’avons qu’à nous baisser pour les ramasser. Tout ceci n’est qu’un prétexte, et Off-Peak nous le fait bien sentir, mais un prétexte à quoi au juste ? C’est tout de suite un peu moins clair.

 

Réalisé par Cosmo D., membre du trio jazz-electro Archie Pelago, on ne s’étonnera pas qu’Off-Peak fasse la part belle à la bande-son ainsi qu’à la thématique de la musique, mais Off-Peak est également très graphique et nous propose de découvrir à la première personne une gare où l’art et la publicité se mélangent en un magma pop. Dans le monde d’Off-Peak, la gare se doit d’être un haut lieu de divertissement. Entre les stands de ramens, de cookies et de pizzas, on trouvera donc jeux de plateau géants, expositions de tableaux et sculptures, jardins exotiques ou encore pianos en libre-service. Présentée ainsi, cette gare ne semble pas si fantaisiste : nos propres gares SNCF ne sont pas loin de correspondre à cette description, mais en bonne dystopie, Off-Peak pousse cette idée à l’extrême et esquisse des problématiques qui pourraient bien être les nôtres.

 

Alors que l’art semble plus que jamais omniprésent, que les partitions et collections de vinyles s’arrachent à des prix faramineux, les artistes, eux, semblent dépossédés de leurs créations, et celles-ci noyées dans l’abondance. Les graffs ne sont plus peints à la sauvette dans les allées sombres, mais sont des travaux de commande, les musiciens doivent réserver leurs quarts d’heure sur les instruments en libre-service et connaissent fatalement la panne, les tableaux sont exposés au mur entre les règles de jeux de société, les cases de BD et les publicités. Plus rien ne semble avoir de sens, et tout d’un coup, notre objectif initial qui nous semblait si artificiel en prend : pas question de prendre racine ici. Mais nous n’écrivons pas les règles du jeu, et le sort, peut-être, en décidera autrement.

 

 

Via Konstatinos Dimopoulos

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2 Comments

  1. hélène Maurice

    Bonjour Pierre,
    Ne sachant comment te joindre autrement, ce court message pour te dire que je trouve formidable ce que tu fais ! vive la créativité ! et félicitations pour cet incroyable article dans Libé. J’étais très fière. A quand ton premier roman ? bisous Hélène

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