Piss

Piss (Windows)
Ben Chandler

 

Il y a deux œuvres sur le thème de l’alcool qui m’ont profondément marqué. La première est un film (mais également un livre), traite de l’ivresse, et se nomme Un Singe en Hiver. La seconde est un livre (mais également un film), traite du delirium tremens, et se nomme Au Dessous du Volcan. Il en fallait une troisième pour parfaire l’ensemble, et traiter de cet autre aspect, qui suit souvent les deux précédents : l’oubli.

 

 

L’oubli a d’ores et déjà été merveilleusement traité dans le jeu vidéo (je vais y revenir), mais l’oubli dû à l’alcool a quelque chose de radicalement différent : il est voulu. Et quand bien même on ne se souvient pas, on se souvient qu’on a un jour souhaité oublier. Cela serait encore supportable si on savait cet oubli irréversible, mais il ne l’est pas, et dans le doute, il faut l’entretenir, boire encore, et encore, mener une vie de débauche qui ne nous apporte rien, jusqu’à ce qu’à ce qu’un jour, juste pour se sentir vivre encore un peu, on en vienne à entreprendre quelque chose de vraiment stupide…comme braver la mort pour quelques pièces de monnaie.

 

Pour raconter cette histoire, Ben Chandler a choisi un univers d’heroic fantasy, un choix surprenant tant l’auteur excelle dans le contemporain (Eternally us, Airwave…) mais finalement pas tant que ça, car il semble que Ben Chandler ait été marqué par les grands RPG des années 90, comme en témoigne sa semi-parodie Less Than Three, ou plus encore le curseur adopté dans Piss qui rappelle furieusement celui de Baldur’s Gate.

 

Pourtant, bien plus que Baldur’s Gate, c’est un autre jeu du studio Black Isle que Piss évoquera : Planescape Torment. On y retrouvera cette thématique omniprésente de l’oubli, évidemment, mais aussi son rapport à la mort, la proximité des dieux, la toute-puissance du dialogue, les voyages planaires, et ce choix terrible en fin de partie à côté duquel la jambe de bois ou la bite en mousse n’est qu’un piètre dilemme.

 

Assurément, Piss est donc un grand jeu, un de ceux qui marque, et je m’avancerai jusqu’à dire qu’il est à mon sens le meilleur de Ben Chandler. Oui, je sais, c’est le genre de chose que j’écris à propos de chaque grosse production de ce dernier, mais c’est que le bougre continue de s’améliorer quand bien même cela semble toujours impossible.

 

Seul hic (qui n’en est pas un) : Piss n’est pas gratuit. Il fait partie du Summerbatch, un bundle de jeux AGS contenant également le très amusant Nancy The Happy Whore, ainsi que Barely Floating, Jailbreak et Patchwork que je n’ai pas encore testé mais dont je ne doute pas de la qualité. Ce Summerbatch, vous pouvez l’obtenir au prix que vous voulez et vous soutiendrez ainsi quelques développeurs indépendants qui le méritent vraiment.

 

Vous avez encore quelque appréhension ? Voici alors quelques autres arguments pour vous convaincre :

  • Je ne présente jamais de jeux « payants » sur l’Oujevipo, si je le fais, vous vous doutez bien que cela en vaut la peine.

  • Ben Chandler est une de mes idoles et c’est bien de sa faute si je me suis moi-même mis à faire des jeux vidéo.

  • Adventure Game Studio est un logiciel tellement extraordinaire que la moindre de ses productions mérite au moins un coup d’oeil.

  • J’ai évoqué le meilleur jeu vidéo de tous les temps (Planescape Torment) plus tôt dans ces article.

 

Si ça ne vous suffit pas…vraiment, je ne vois plus quoi faire.

4 commentaires sur “Piss

  1. Sakutei dit :

    Ah ça y est, après avoir musardé quelques paires d’heures par ici comme dans un bocal à friandises, j’ai trouvé ce que je vais faire ce we !
    On a toujours raison de revenir sur l’Oujevipo 🙂

  2. Sakutei dit :

    Bon sang, en fait je l’ai dévoré.
    C’est la première fois que je suis terriblement glacé à la fin d’un jeu. C’est aussi la première fois qu’un jeu me laisse (ou plutôt me chasse) au moment où la personnage principale reçoit son but, sa quête principale !
    Waho. C’est génial. C’est puissant. Et tout plein d’une mélancolie froide. Honnêtement, j’ai même trouvé ça meilleur que Planescape Torment, à plusieurs titres, pas seulement pour les dialogues exquisement ciselés, mais surtout pour cette sensation de solitude tranchante. Fabuleux.

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