Ruins

Ruins (Windows, Mac)
Jake Elliott (Cardboard Computer)

 

 

Quelle agréable surprise hier que de voir, sorti de nulle part, un nouveau jeu de Jake Elliott. Ai-je besoin de le rappeler : en plus d’être un de mes développeurs favori, Jake Elliott est aussi l’auteur de A House in California, Hummingbird Mind et Balloon Diaspora.
Pour être honnête : ce dernier jeu aurait été mauvais, j’en aurais tout de même parlé ici. Bonne nouvelle : il est excellent, comme à l’accoutumée.

 

 

Ruins est sans aucun doute le jeu de Jake Elliott qui ressemble le moins à un jeu, c’est peut-être aussi celui qui sera le moins facile d’accès, qui pourra sembler le plus ennuyeux…il n’en est pas moins une œuvre de maître. Selon les dires de l’auteur : « Ruins est un jeu à propos d’un chien qui chasse des lapins à travers un paysage onirique et ténébreux ». Ce n’est pas faux. Ce n’est pas vrai non plus.

 

Avant de vous lancer, sachez que Ruins est très gourmand en ressources, n’hésitez donc pas à choisir le niveau graphique minimum (fastest) si votre ordinateur est lui aussi en carton. Sachez aussi qu’un niveau d’anglais correct est requis…Ruins est avant tout une narration. Sachez enfin que ça spoile plus bas.

 

 

Passé ces considérations triviales il est temps maintenant d’attaquer le vif du sujet. Oui, Ruins nous fait bel et bien incarner un chien qui court (barre espace) après des lapins dans un décor onirique. On sera impressionné par la beauté des graphismes et par la fluidité des mouvements de caméra à laquelle peu de jeux indés peuvent prétendre. Mais Ruins c’est surtout une histoire, un peu triste, celle d’un trio dont l’un des membres est absent.

Bercé par un prélude de Chopin, on comprend rapidement qu’il s’agit d’un rêve : cette juxtaposition de souvenirs, ces couleurs irréelles, cette errance…ces animaux qui parlent. La question est de savoir : le rêve de qui ?

 

 

Le jeu ne fournit aucune indication, aucun background, mais celui-ci se révèle au fur et à mesure, de la première rencontre avec le lapin blanc jusqu’à la fin. On apprend que l’absent s’appelle Charlie, qu’il fut à la fois maître et amant, que son instrument de prédilection était le piano et les préludes de Chopin son disque favori. On apprend aussi que les deux présents sont en réalité séparés, et réunit seulement à travers ce rêve, le temps d’une sieste sur un canapé. On apprend bien d’autre choses encore, des détails, insignifiants, semblables au baromètre de Flaubert, qui n’ont pour vocation, pour reprendre les termes de Barthes, que l’effet de réel. Oui, Ruins transpire le réel, et ce en dépit de sa fantaisie de décors, de personnages, et on en vient à penser qu’il doit forcement se trouver là dedans une part d’autobiographie. A moins que Jake Elliott ne se révèle simplement un génie pour sonder l’âme humaine (et canine).

 

 

J’ai dit plus haut que Ruins ne ressemblait pas à un jeu, c’est car son interaction se limite à poursuivre un lapin, et, parfois à un choix de dialogue aux conséquences minimes. Quel humain s’amuserait à un jeu pareil ? Le truc, c’est que l’on n’incarne pas un humain, mais un chien. Nous jouons par conséquent à un jeu de chien. Un jeu de divertissement, sans véritables règles, comme courir après une balle ou rapporter un bâton. On chasse juste des lapins.

J’ai aussi dit que Ruins pouvait sembler ennuyeux. Ce n’est pas le terme adéquat. Soporifique serait plus adapté, bien que gère plus flatteur. Ruins a cette propension à rendre somnolent, il se joue du bout des doigts, allongé sur un canapé, avec lenteur. Certes, il est possible de courir et d’accélérer les dialogues avec la barre espace, on s’en servira d’ailleurs un peu au début, mais très vite, on se prend au rythme du rêve et on finit par se laisser lentement porter. L’auteur précise d’ailleurs dans les instructions : « Si vous vous sentez somnolent, allez vous coucher ». Je n’ai malheureusement pas eu cette chance, j’aurais aimé rêvé de Ruins.

 

 

Il n’y a pas à attendre grand chose de Ruins, ce qu’on a devant les yeux, sera tout ce qu’on aura jamais. Pas de rebondissement, pas de twist, pas de chute vertigineuse. Il y a juste une fin : belle, poétique, qui aura certes réussi à me surprendre, mais pas le genre de surprise qui fait bondir de sa chaise, plutôt le genre qui vous fait penser « Oui, évidemment, c’est parfait comme ça ».

Je me suis tout de même creusé la tête pour savoir s’il y avait quelque chose que j’avais manqué, une symbolique que je n’avais pas saisi, mais non. Tout est là. Ruins est simplement l’histoire de trois êtres réunis dans un jeu vidéo : Le lapin se voyant confier la narration, Aggie le gameplay et Charlie la bande son.

 

 

Maintenant, j’espère que Ruins n’était lui-même qu’un prélude.

2 commentaires sur “Ruins

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