Escape the cage

Escape the Cage (Windows, Mac)
Aaron Olsenburg

 

Où suis-je?

J’ai mal au crâne…

Qu’est ce que je fais d ans cette salle? Je ne me souviens de rien…

Il faut que je sorte d’ici!

…Bon…où est le foutu tournevis? *clic clic clic clic*


 

 

Ce scénario vous rappelle quelque chose? Rien d’étonnant à cela, c’est celui de tout bon escape room. Une recette indémodable qui depuis Crimson Room (le pionnier du genre), en 2004, n’a pas changée d’un iota. Si les créateurs ne sont jamais en panne d’idées pour de nouveaux emplacements et nouvelles énigmes tordues, le gameplay de l’escape room, lui, demeure généralement inchangé.

 

En l’honneur de l’Experimental Gameplay Project de Mars-Avril dont le thème est Cheap Clones, Aaron Olsenburg tente malgré tout de bousculer les conventions. Pour ce faire, il part d’un postulat simple : Et si nous n’étions plus seul ?

Jusqu’à présent, l’escape room était un plaisir solitaire, et quand bien même on peut se retrouver à deux ou trois devant le même écran à s’arracher mutuellement les cheveux, l’avatar lui, demeure désespérément seul. La plupart du temps, le jeu se termine sans le moindre échange humain, et on n’y trouve ni alliés, ni ravisseurs.

 

Escape the Cage apporte une subtilité : Il s’agit d’un escape room en réseau. Non pas la simple adaptation du genre en multijoueur (ce qui serait chouette cela dit), mais un concept bien plus surprenant. Au début du jeu, deux choix vous sont proposés : Celui d’agir, et celui d’écouter.

 

Agir revient à être l’acteur d’un escape room traditionnel. Enfermé dans une maison, vous devez vous en échapper en trouvant, et utilisant correctement tout un panel d’objet. L’escape room en soi n’a rien d’extraordinaire : Utilisation de photographies, navigation pénible, interactions limitées…je ne suis même pas certain qu’il existe une solution. On pourra cependant saluer l’effort fourni pour les bruitages omniprésents. Vous allez comprendre que cela n’a rien d’innocent.

 

Le deuxième choix, celui d’écouter, et bien plus intéressant. Escape the cage vous met dans le rôle du voyeur, ou de l’écouteur plutôt. Devant la porte de la maison, vous pourrez entendre ce qui se passe à l’intérieur, c’est à dire les tâtonnements désespérés d’un autre joueur cherchant à sortir. Dès lors, c’est à votre imagination de faire le reste du travail « Tiens…là il doit essayer de combiner le rouleau de papier toilette avec le grille-pain », « Ha! Il a enfin pensé à regarder sous le paillasson »….

 

Quand votre curiosité sera assouvie, ou quand la pitié prendra enfin le dessus sur votre sadisme, vous pourrez alors transgresser la plus grande règle de l’Escape Room : Ouvrir la porte de l’extérieur, et libérer le malheureux qui se verra alors interrompu dans sa partie.

 

Vous l’aurez compris…Escape the Cage n’a plus rien à voir avec un escape room car son objectif n’est plus du tout de s’échapper, mais de jouer avec l’autre. Un joueur à l’intérieur pourra transformer la maison en percussions, à la manière d’un « Sound of Noise » pour le simple plaisir d’un potentiel voyeur, le joueur à l’extérieur pourra faire douter de sa présence, attendre le moment propice de découragement de l’autre pour lui ouvrir la porte, ou au contraire, le faire mariner 4 minutes et 33 secondes avant d’enfin le libérer.

 

Finalement, si Escape the Cage est particulier, c’est qu’il est peut-être le seul « escape room » dans lequel on ait immédiatement envie de se réenfermer. Toujours libéré trop tôt on voudrait avoir une nouvelle chance, la fierté de s’en être sorti par ses propres moyens. Escape the cage n’est que frustration, frustration de ne pas savoir ce qui se passe dedans, frustration de ne pas s’échapper seul…

On comprend maintenant pourquoi l’escape room a toujours été un jeu solitaire : Il y a dans la cage trop peu d’espace pour y faire tourner plus d’un lion.

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